- Comment se présente votre année 2012 ?
« J'ai décidé de ne pas faire de saison en salle pour bien me préparer pour cet été. Je débuterai probablement ma saison début avril au meeting de La Réunion. L'objectif est d'être performant et sur le podium aux championnats de France mi-juin pour faire ces fameux 8,20 m. »
- Quelle organisation avez-vous mis en place pour réussir ce fameux défi de participer aux Jeux avec les valides ?
« Je suis, depuis 2007, avec Guy Ontanon et je vais continuer avec lui, nous avons un très bon groupe qui porte les individualités. Au niveau du saut, je travaille techniquement avec Jean-Michel Stievenart et on bosse avec une équipe de chercheurs sur une prothèse spécifique pour mon bras.
Elle sera un peu plus lourde, donc j'ai une préparation physique adaptée pour m'y préparer et avoir un bon équilibre.
Mon père, qui est nutritionniste, me prépare un régime adapté à mes entraînements et, enfin, j'ai ressenti le besoin d'avoir l'aide d'un préparateur mental.»
- Ça ne rigole pas, vous avez vraiment opté pour un dispositif de choc...
« On m'appelle souvent "Monsieur plus" à l'entraînement mais, là, le but n'est pas de faire plus, mais de faire mieux. J'ai eu la chance de rencontrer récemment le Britannique Jonathan Edwards (champion olympique en 2000 et actuel détenteur du record du monde du triple saut) qui m'a donné quelques conseils, en m'expliquant notamment que les années importantes, il fallait privilégier le qualitatif au quantitatif.»
- Oscar Pistorius a ouvert la voie cette année en participant aux mondiaux de Daegu sur 400 m. Qu'en avez-vous pensé ?
« C'est super positif pour le monde du handisport. Même s'il y a eu quelques critiques de ses concurrents, il dégage une super énergie, c'est quelqu'un de très sympathique.»
- Il a aussi suscité quelques controverses...
« Oui, c'est vrai que l'on a pu s'apercevoir que, visiblement, il tire quand même un avantage de ses prothèses, lorsqu'il est lancé. Sur un 400 m, ses deux cents derniers mètres sont beaucoup plus rapides que les deux cents premiers. Sur un 800 m, ça pourrait donner des chronos énormes.
Mais je ne pense pas que l'on puisse comparer nos deux cas, dans la mesure où, de mon côté, je ne tire absolument aucun avantage de mon handicap. »
- Avez-vous conscience qu'en cas de qualifications pour les Jeux olympiques, il y aura sans doute beaucoup d'agitation médiatique autour de vous ?
« Déjà, avec le cas d'Oscar Pistorius, je ne suis plus le premier donc si ça se produit, ça sera peut-être un peu moins fort. Mais j'ai, bien sûr, pensé à cet aspect des choses et je pense avoir la chance d'être suffisamment bien entouré. J'ai confiance, je sais qu'on saura gérer pour que ça ne parasite pas toute ma préparation. Si c'était arrivé, il y a quatre ans, je crois, en revanche, que je n'aurais pas été prêt. »
- Les minima pour les Jeux olympiques sont à 8,20 m, et votre record personnel à 7,91m : l'écart semble quand même important, non ?
« Ce n'est pas une performance qui me fait peur, j'espère même que je ferai bien plus que ça dans ma carrière. Trente centimètres, c'est en gros l'équivalent d'un pied. Et surtout, je n'ai jamais réussi un super saut en compétition. Si je n'avais pas de marge de progression, je serais franc, mais là je sais que je suis loin d'avoir concrétisé tout mon potentiel. Ces deux dernières années, les blessures ont été un facteur limitant. »
- Comment vos principaux rivaux, Salim Sdiri et Kafétien Gomis, réagissent-ils à votre challenge ?
« Plutôt bien. Je pense qu'ils estiment que c'est un désir légitime. Avec Kafétien, nous sommes assez proches, on se croise souvent à l'Insep, on s'entraîne parfois ensemble. Même si on ne discute pas trop de ce projet, ils sont habitués à faire des concours avec moi lors des championnats de France élite. Après, sans que ce soit méchant, il faut aussi dire qu'eux sont plutôt sur la fin de carrière et que je représente un peu la relève de la discipline. »
- Vous avez donc le sentiment que le monde de l'athlétisme est à fond derrière vous ?
« Oui, je crois que les dirigeants comme les athlètes me soutiennent, beaucoup de gens croient en moi et notamment tous mes partenaires comme Keolis, EDF, la Française des Jeux, Adidas ou encore Elastoplast qui ont tous décidé de me faire confiance. »
- Votre objectif ne se limite toutefois pas à cette première participation chez les valides...
« Exactement. Le but, c'est de faire les Jeux olympiques puis les Jeux paralympiques quinze jours plus tard car je suis attaché aux épreuves handisports, aux valeurs qui y sont véhiculées. J'espère à mon niveau faire évoluer les mentalités, montrer que les athlètes handisport sont capables de développer d'autres facultés. On a pu le voir dans d'autres domaines, comme la musique où des gens comme Ray Charles ou Stevie Wonder ont montré une créativité incroyable. »
- Vous aviez été champion paralympique de la longueur en 2008, le but est de défendre cette couronne en 2012 ?
« C'est l'un des objectifs, mais je veux aussi me qualifier en paralympique pour le 100m, le triple saut et la hauteur avec l'espoir de ramener plusieurs médailles. Je ne vais pas y aller pour simplement faire de la figuration. Après, toute ma saison est basée sur la qualification pour les Jeux des valides. Mon principal pic de forme devra arriver à ce moment-là, mais ça n'empêche pas d'être également performant quelques semaines plus tard.
Source: La Voix du Nord |